LASER veut sabrer dans les effectifs


Le 29 mars, les sept salariés de la société LASER, sous-traitant de l’Agence Régionale de Santé PACA, se sont mis en grève suite à la tentative de mutation du chef d’équipe et d’une agente de nettoyage par leur nouvelle direction.

Derrière ces mutations, la volonté de LASER, qui a « repris » le chantier en janvier de diminuer les coûts. Comprendre, diminuer les heures de travail payées aux salariés. Jusqu’à présent, chaque agent avait deux heures trente ou trois heures pour s’occuper de son étage chaque jour. Deux heures trente ou trois heures pour nettoyer les huit toilettes par étage, les espaces collectifs, la quarantaine de bureaux… La direction de LASER souhaitait donc faire partir une femme de ménage, répartir son travail entre celles et ceux qui restaient, sans augmenter leur nombre d’heures. Pour cela, elle prétextait une diminution de deux tiers des tâches à effectuer. Quant au chef d’équipe, jugé trop proche des autres salariés, il devrait partir lui aussi. Les grévistes refusent ces mutations, mais n’acceptent pas non plus de voir leurs conditions de travail se détériorer : « on veut rester un par étage ».


Le problème de la sous-traitance


Dans le nettoyage, les contrats de sous-traitance sont régis par des appels qui sont renouvelés à échéance régulière. Dans le public, la passation des marchés se fait par l’Union des groupements d’achats publics (UGAP). Et celle-ci choisit en général la société proposant le prix le moins élevé. Or, dans le nettoyage, les économies se font quasi exclusivement sur le dos du personnel ! Chaque renouvellement est donc payé par les travailleurs qui doivent travailler plus vite, à moins nombreux, ou encore dépasser régulièrement le temps de travail « officiel » sans espoir de se faire payer les heures supplémentaires… « Tous les 3 ans, on repart à zéro », avec un nouveau patron, rappelle une gréviste. Par exemple, les congés payés sont soldés par l’ancien employeur mais il n’est donc pas possible de prendre des congés pendant un an. Sauf des congés sans solde... si le nouvel employeur accepte et si les finances le permettent.

Dans le ménage, les patrons passent mais les travailleurs restent1. Certaines grévistes travaillent à l’ARS depuis 2000 et ont vu passer une demi-douzaine d’employeurs. Mais elles n’ont jamais vu une telle dégradation de leurs conditions de travail. Une gréviste résume : « LASER, ils donnent que la poussière. Mais ils gardent le plus gros pour eux. Et même la poussière, ils veulent encore en garder. » Et pourtant « l’ARS leur donne beaucoup » ajoute un autre gréviste.


Une grève active


Après trois semaines de mobilisation, les grévistes restent motivés. Forts du soutien de nombreux salariés de l’ARS qui multiplient les mots et les gestes de sympathie – 220 signatures sur une pétition de soutien, plusieurs centaines d’euros versés à la caisse de grève2, les grévistes ignorent les provocations de la direction de LASER. D’abord cette dernière a tenté de venir montrer comment travailler à des salariés présents sur le site depuis de nombreuses années (entre 7 et 15 ans), puis elle a refusé de reconnaître leur syndicat – la CNT-Solidarité Ouvrière – avant de convoquer deux grévistes à des entretiens disciplinaires. La direction s’est même permis de mettre un lapin au salarié lors du premier entretien convoqué le lundi de Pâques !

Le piquet de grève, tenu tous les jours, est l’occasion de nombreuses discussions entre grévistes et avec leurs soutiens. Par exemple, pour discuter des possibilités pour rendre la grève visible et remplir la caisse de grève : en participant à la manifestation climat du samedi 9 ou à une soirée de soutien. Vendredi 8 avril, c’est une quarantaine de personnes de l’ARS et de l’extérieur qui sont venues soutenir les grévistes.


Une ambiance de lutte


Dans la région PACA, les luttes se multiplient dans le secteur du nettoyage. À la gare SNCF de Saint-Charles et Aix, dans le métro de Marseille, plusieurs grèves contre la sous-traitance ont éclaté ces dernières semaines, ou encore pour réclamer des augmentations de salaire face à la hausse des prix comme à Airbus Helicopters à Marignane, à ST Microelectronics à Rousset, à Carrefour…

Il est loin le temps où Macron promettait que dans le monde d’après, les salariés de la deuxième ligne se verraient récompenser. « Pourquoi on est si mal considérés, alors que c’est nous qui rendons les locaux propres ? ».

Correspondants


1Officiellement garantie par l’annexe 7 de la convention collective du nettoyage, le maintien de l’emploi des agents dans le cas d’un changement de prestataire sur un site est en réalité bien souvent remis en cause par les patrons lors de la signature des nouveaux contrats. Les avantages obtenues précédemment sont bien souvent « oubliés ».